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Alcool et travail

Accidents
Code du travail

L’alcool pourrait être responsable de 10 à 20% des accidents du travail

Bien que ce soit un problème récurrent en milieu du travail, les études précises et récentes concernant l’implication de l’alcool dans les accidents du travail font défaut.

Quelques travaux américains rapportés dans la revue internationale du travail (Organisation internationale du travail, OIT) montrent que l’alcool et les drogues provoquent 20 % à 25 % des accidents du travail et jusqu’à 30 % des décès liés au travail.

En France, selon l’Association nationale de prévention de l’alcoolisme (Anpa, 2000-2001), l’alcool serait directement responsable de 10 à 20 % des accidents du travail, toutes les catégories socioprofessionnelles étant touchées. À la SNCF, on estime que l’alcool est présent dans 20 % des 13 500 accidents du travail qui surviennent chaque année, bien qu’il ait été constaté que la plupart des accidents concernaient des agents non dépendants de l’alcool.

Une étude d’envergure, incluant un dosage systématique d’alcoolémie sur le lieu du travail a été réalisée en France il y a plus de quarante ans. Dans six entreprises, sur plus de 3 000 témoins et plus de 1 000 accidentés, l’incidence de l’alcoolisation sur la fréquence des accidents du travail et leur répétition a été évaluée. Selon les entreprises et l’heure de prélèvement, les alcoolisations supérieures à 1 g/l concernaient de 1 à 5 % des salariés témoins et de 2,5 à 11,5 % des accidentés.

Deux études plus récentes réalisées dans des services d’urgence d’hôpitaux en 1982 à Tours et en 1988 à Nancy ont permis d’évaluer le degré d’imprégnation éthylique des accidentés quelle que soit la nature de l’accident. L’étude réalisée à Tours a porté sur plus de 2 000 blessés admis aux urgences (accidents de la voie publique, rixes, accidents domestiques et de sport, accidents de travail ou de trajet).
Les accidentés du travail ou du trajet (vers le travail ou à la sortie) étaient aussi nombreux que les accidentés de la voie publique (hors accidents de trajet). C’est parmi les accidentés du travail que les alcoolémies étaient les plus faibles. Sur les accidentés du travail, 10,3 % avaient une alcoolémie supérieure à 0,40 g/l et 1,2 % avaient une alcoolémie supérieure à 2 g/l tandis que 9,3 % des blessés tous accidents confondus avaient une alcoolémie supérieure à 2 g/l.

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Dans l’étude menée au CHRU de Nancy, près de 150 alcoolémies mesurées concernaient des accidentés du travail ou du trajet.
Le pourcentage d’accidentés sur le lieu du travail ayant une alcoolémie détectable inférieure à 0,80 g/l était de 9,1 % et 2 % avaient une alcoolémie supérieure à 2 g/l. Les chiffres sont plus élevés pour les accidents de trajet (respectivement 3,6 % et 14,3 %).

D’après l’étude du Haut comité d’étude et d’information sur l’alcoolisme de 1983, l’influence de l’alcool au travail s’exercerait principalement dans les accidents avec chute de l’accidenté. En effet, selon cette étude, 14 % des victimes d’une chute au travail ont une alcoolémie égale ou supérieure à 0,5 g/l. Distribution des alcoolémies dans les accidents du travail * chez l’homme et la femme (d’après le HCEIA, 1985)

Alcoolémie (g/l) 0,00 – 0,49 0,50 – 1,99 2,00
Hommes (%) 87,9 10,0 2,1
Femmes (%) 99,2 1,8 0,0

*Les accidents déclarés du travail ne représentent que 25 % des accidents du travail

En ce qui concerne l’alcoolisation, le code du travail n’est pas toujours appliqué

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Les problèmes d’alcool en milieu du travail ont été pendant de nombreuses années passés sous silence. Mais depuis une dizaine d’années, on retrouve dans la littérature des expériences de prise en compte de ce problème par les médecins du travail.

Il y a cinquante ans, l’alcoolisation dans le monde du travail était souvent liée à des conditions de travail physiquement difficiles (travail dans la chaleur, empoussièrement, pénibilité de la tâche, risque d’intoxication...) et l’alcool était utilisé comme moyen d’hydratation.
Les médecins du travail de cette époque se sont attachés à améliorer les conditions de travail et en cela à diminuer les facteurs d’alcoolisation.

La modification de l’outil de travail de ces vingt dernières années a remplacé la charge physique du travail par une augmentation importante de la charge mentale, psychologique et du stress où l’alcoolisation peut venir « soulager » ces nouvelles difficultés.

Une enquête, publiée aux États-Unis en 1995, révèle que les hommes qui ont un travail stressant ont 27,5 fois plus de risque de développer une dépendance à l’alcool si ce travail ne leur donne aucune latitude de décision mais est à forte pression psychologique et 3,4 fois plus de risque s’il s’agit d’un travail sans aucune responsabilité mais nécessitant un effort physique important.
Cette enquête n’a pas révélé de risque d’alcoolodépendance pour les femmes ayant le même type d’emploi.

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Le médecin du travail doit étudier l’aptitude d’un salarié à un poste de travail défini. Dans ce cadre là, il aura constamment à s’interroger sur le risque lié à l’alcoolisation de la personne au travail par rapport au risque inhérent à sa fonction (travail dit de sécurité)nécessitant vigilance, précision... ou un certain rythme (travail posté ou de nuit).
Il a également à définir de meilleures conditions ergonomiques, à être attentif aux rythmes physiologiques et psychologiques en fonction des difficultés croissantes liées aux demandes de performance, de rentabilité et aux modifications constantes de l’outil de travail qui prévalent actuellement quel que soit le milieu professionnel.

L’un des enjeux, indépendamment des conduites à risque sous alcool, sera aussi de préserver l’intégrité psychique du salarié en protégeant particulièrement ses fonctions cognitives, d’où l’importance d’effectuer dans le cadre de la médecine du travail des actions de prévention collectives et individuelles : information de l’ensemble du personnel sur le risque alcool en faisant appel à des organismes agréés, formation de groupes relais dans l’entreprise en impliquant différents acteurs (représentants du personnel, syndicats, CHSCT – comité d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail –, direction des ressources humaines, services médicosociaux {).

Il est, en effet, indispensable de maintenir une pérennité de ces actions pour qu’elles puissent être efficaces à long terme.
De nombreuses expériences de médiatisation inventives dans certains établissements aident à modifier les mentalités (journée sans alcool, actions dans les restaurants d’entreprise, pots sans alcool
. Certaines grandes entreprises ont même pu élaborer une charte alcool définissant un règlement par rapport à l’alcoolisation dans l’entreprise (institution d’une charte sur la prévention du risque alcool au CHU de Bordeaux précisant une conduite à tenir dans les différentes situations où un agent a un problème lié à une consommation d’alcool).

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Il est à noter que bien souvent, en ce qui concerne l’alcoolisation, le code du travail, même désuet, n’est pas appliqué. Cette législation est ancienne (une partie date de 1913) et inadaptée (« Il est interdit à toute personne d’introduire dans les établissements pour être consommé par le personnel toutes boissons alcoolisées autres que le vin, la bière, le cidre, le poiré et l’hydromel »).

Le règlement intérieur, lorsqu’il existe, ne comporte pas souvent la prévention du risque alcool.
De même n’est pas posé le problème de la réinsertion du malade ou du maintien de son activité professionnelle.

Cependant, dans le cadre du cabinet médical, une information sur l’alcool et ses conséquences est de plus en plus souvent proposée, relayant les campagnes nationales. La proposition par exemple d’auto questionnaire peut aider à ouvrir le dialogue sur ce sujet en milieu du travail.


Source : INSERM "Alcool, dommages sociaux-Abus et dépendance"

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