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L'alcoolisme au féminin

Chiffres bruts
"L'alcoolisme féminin"
Société
Prise en charge

Quelques chiffres bruts

La consommation quotidienne commence à apparaître chez les jeunes de 20-25 ans et augmente avec l’âge pour être maximale entre 65 et 75 ans, où elle concerne 33 % des femmes.

La consommation hebdomadaire concerne davantage les jeunes générations ; c’est le mode de consommation majoritaire chez les 20-44 ans (40 % des femmes).

Le vin est la boisson alcoolique la plus consommée. La prise quotidienne concerne 7,5 % des 12-75 ans : 10 % des femmes.

C’est parmi les jeunes que l’ivresse est la plus présente. La différence entre les sexes est maximale à 20-25 ans : 40 % des hommes de 20-25 ans ont des ivresses répétées (plus de 3 par an) contre 24,5 % des femmes de cette tranche d’âge.

L’interrogation des personnes sur leur risque passé ou présent de dépendance à l’alcool montre qu’un adulte sur dix est concerné, les hommes l’étant trois fois plus souvent que les femmes (13,5 % contre 4 %) et la différence entre les sexes augmentant avec l’âge.

En ce qui concerne l’ivresse, entre 1993 et 1999, la proportion des jeunes qui déclarent avoir connu au moins dix épisodes d’ivresse au cours de l’année est restée stable chez les 14-16 ans (5 % chez les garçons) mais a légèrement décru chez les 17 et 18 ans : de 14 à 10 % chez les garçons de 18 ans et de 3 à 2 % chez les filles du même âge.

Fréquence des consommations d’alcool au cours des trente derniers jours chez les filles de 17 ans et les garçons de 17-19 ans (Escapad 2000, OFDT)

Consommation
  Aucune (%) 1-2 fois (%) 3-9 fois (%) 10 et plus (%) (= répétée)
filles, 17 ans 22,6 42,7 29,1 5,5
garçons, 17 ans 19,0 31,6 33,2 16,0


Pour les garçons et pour les filles, le lien est très fort entre ivresses répétées et consommation régulière d’alcool ou de cannabis. Il est toutefois plus fort pour les filles que pour les garçons.

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"L'alcoolisme féminin"

Encore aujourd'hui, la dépendance à l'alcool reste inavouable pour de nombreuses femmes.
Seules, dépressives, souvent rejetées et méprisées, elles boivent. Besoin d'oublier, d'engourdir la souffrance et de calmer l'angoisse.

L'alcoolisme n'est pas une étiquette qu'on porte sur le front.
Mais lorsque les alcooliques racontent ce qui les a conduites au bord de l'abîme, il se dégage certaines constantes de leurs propos: une sorte de malaise profond, une grande difficulté à entrer en communication avec les autres, un terrible sentiment de solitude et de détresse. Souvent, leur passé familial est très lourd: abus sexuels, parents alcooliques, violence ou négligence.

« La notion d'alcoolisme féminin n'est pas unanime parmi les alcoologues.
Certains pensent qu'il n'y a pas de particularité. J'estime pour les avoirs entendues, que les femmes ne vivent pas la dépendance comme la vivent les hommes. il s'agit d'une consommation solitaire, clandestine et culpabilisée.

Le plus souvent, la femme s'alcoolise pour rechercher un effet psychique particulier et devient progressivement dépendante sur le plan physique.
Elle boit pour être moins anxieuse, pour lutter contre la dépression

. Il se trouve que la dépendance de type « alcoolose », définie par le Dr Fouquet, est la plus proche de ce cas de figure.
»(Dr M.Husson Médecin alcoologue Centre Louis-Sevestre La Membrolle) Alcool, dépression, et antidépresseurs ne font pas bon ménage.

Les femmes alcooliques ont également une faible estime d'elles-mêmes, elles ressentent aussi beaucoup de culpabilité.

« L’éducation des petites filles ne tend elle pas tout naturellement à faire d’elles des femmes d’ombre et des modèles de sacrifice… généralement au service du prince charmant qui, lui, régnera sur l’ensemble en maître absolu ? » (L. Charpentier, Présidente de SOS Alcool Femmes).

La société est encore plus sanctionnante devant une femme qui s'alcoolise que face à un homme qui a le même problème.

La femme perd toute considération en tant qu'épouse car elle n'est plus et ne peut pas être « la petite fée du foyer », qui apporte la sérénité et le réconfort ; et elle ne peut être une bonne mère car elle n'est plus capable de s'occuper de ses enfants; et ne peut plus être femme tout court ne s’aimant pas elle-même, renonçant tout doucement à plaire et à séduire.

De plus, la détérioration physique associée aux abus d'alcool est plus importante chez les femmes.
La femme s’intoxique plus gravement et plus profondément que l’homme. A poids égal et consommation d’alcool équivalente, elle accuse très vite un seuil d’alcoolémie plus important, la cirrhose du foie est plus précoce chez la femme, ainsi que l’apparition de troubles névrotiques graves.

L'élément déclencheur de la surconsommation chez les femmes est généralement d'ordre affectif. Ce ne sont pas les seuls facteurs, bien sûr, mais c'est tout de même une caractéristique du modèle de consommation féminin.
Les "groupes à risque" chez les femmes qui développent une dépendance à l'alcool:

les professionnelles, qui occupent des postes comportant de lourdes responsabilités,
les femmes dont l'un des parents était alcoolique ou encore celles qui vivent avec un conjoint alcoolique,
les femmes ayant un passé douloureux (abus sexuel, dépression, anxiété).

On peut ajouter d'autres cas types, par exemple les victimes de violence conjugale et les femmes plus âgées, qui commencent à consommer lorsque leurs enfants quittent le foyer.

Les personnes souffrant de troubles alimentaires sont plus sujettes à la toxicomanie et à l’alcoolisme.
Jusqu’à 50 pour cent des personnes souffrant de troubles alimentaires font également une consommation excessive d’alcool ou de drogues illicites, comparativement à environ neuf pour cent de la population générale aux Etats Unis.

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La prise en charge et l’accompagnement des femmes qui consomment de l’alcool se heurtent à de multiples résistances.

L’institut Suisse de Prévention de l’alcoolisme s’engage clairement en faveur d’une prise en charge spécifique des femmes en matière d’alcool.

« Ce n’est pas parce que nous considérons les consommatrices de drogue comme des victimes qui ont particulièrement besoin d’être aidées.

Nous prenons position de la sorte sur la base du constat que les normes et les valeur sociales, la répartition du travail et des ressources matérielles qui déterminent la vie des hommes et des femmes sont structurées de manière spécifique pour l’un et l’autre sexe.

Les tâches et les rôles respectifs sont définis différemment pour les hommes que pour les femmes.

Dès le départ, garçons et filles évoluent dans des contextes différents et leurs manières de penser et d’agir, leurs relations, leur participation aux acquis sociaux, culturels et économiques ainsi que leurs besoins et leurs désirs suivent par conséquent des voies distinctes.

Partant, la prise en charge spécifique des hommes et des femmes qui consomment de la drogue implique une réflexion concernant les effets de leur condition sociale de départ sur l’ampleur, les motivations et la signification de leur consommation de drogue, sur leurs expériences en tant que consommateurs ou consommatrices et sur leur manière de gérer la drogue et de s’en dégager.

Cela signifie qu’il faut prendre en considération les contextes spécifiques dans lesquels évoluent respectivement les hommes et les femmes ainsi que les ressources et les déficits propres à chaque sexe.
» (Marie-Louise Ernst, Isabelle Rottenmanner, Christine Spreyermann: " Femmes, dépendances, perspectives ",Berne, 1995)

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Le centre Louis-Sevestre, La Membrolle(Indre et Loire France) et le Docteur Marion Husson ont été à l’origine de l’ouverture d’une unité mère-enfant, en 1993, « projet expérimental qui consiste à soigner la mère sans la séparer de son enfant pour le bien des deux».

Marion Husson : « Pour la maman d'abord, car l'enfant est une motivation pour se soigner, ne serait-ce que pour ne pas le perdre, car l'alcoolisme de la maman peut amener un juge des enfants à le protéger de sa mère. Mais aussi, il peut être un frein, car si la cure est nécessaire, jusqu'alors il y avait séparation, et l'enfant se retrouvait dans une famille d'accueil ou dans une pouponnière. Nous touchons le plus souvent des femmes très isolées, jeunes, n'ayant aucune solution familiale pour faire garder leur enfant. Cette solution de cure à deux leur évite la culpabilité supplémentaire d'un placement. Toutes les femmes qui viennent, accompagnées de leur enfant nous rappellent qu'elles ne seraient jamais venues sans lui. Ainsi elles se soignent plus tôt dans leur parcours : on leur a fait gagner du temps. Pour le petit enfant, l'absence de rupture est un élément majeur dans la construction de sa personnalité. Même alcoolo-dépendante, rien ni personne ne peut remplacer sa mère, il ne la juge pas, il en a besoin. Les pédopsychiatres savent que les ruptures dans la petite enfance donnent une perte de confiance en soi et un sentiment d'insécurité qui les marqueront. Par ailleurs, beaucoup de ces enfants ont des troubles physiques, par le syndrome d'alcoolisme de leur maman : ils ont besoin de l'attention d'une équipe spécialisée pour en faire le bilan. Je voudrais attirer l'attention sur les cas des couples qui s'alcoolisent et qui ont des enfants. Pour nous, il est crucial, si l'alcool touche les deux parents, qu'ils se soignent ensemble, en compagnie de leur enfant. il s'agit alors d'une démarche de soins qui concerne toute la famille. Nombre de ces couples nous disent : « L'alcool de l'un entraîne l'alcool de l'autre », et quand ils se soignent alternativement, la rechute était automatique. La solution de cure à trois est vécue, pour les familles qui en ont fait l'expérience, comme une découverte de leur conjoint et de leur enfant et de leur propre place dans la famille sans être parasitées par l'alcool. ils sortent enfin du tunnel ».