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Alcool et littérature

Digressions non anodines

La planète suivante était habitée par un buveur.


Cette visite fut très courte, mais elle plongea le Petit Prince dans une grande mélancolie :

- Que fais-tu là ? dit-il au buveur, qu’il trouva installé en silence devant une collection de bouteilles vides et une collection de bouteilles pleines.

Je bois, répondit le buveur, d’un air lugubre.

Pourquoi bois-tu ? lui demanda le Petit Prince.

Pour oublier, répondit le buveur.

Pour oublier quoi ? s’enquit le Petit Prince qui déjà le plaignait.

Pour oublier que j’ai honte, avoua le buveur en baissant la tête.

Honte de quoi ? s’informa le Petit Prince qui désirait le secourir.

Honte de boire ! acheva le buveur qui s’enferma définitivement dans le silence.

Et le Petit Prince s’en fut, perplexe.

Les grandes personnes sont décidément très très bizarres, se disait-il en lui-même durant le voyage



L'alcool enivre, la littérature aussi parfois


France, patrie du vin, patrie du boeuf bourguignon, de la lamproie à la bordelaise et du chateaubriand.


France, patrie de la littérature.


Mais la France n'est pas exception.

Noé, ivre, se dénudant, Loth enivré par ses filles, Jésus en communion avec ses disciples autour du vin symbolisant son sang.

Les liens étroits entre littérature et alcool évoluent à travers les époques.

Les Bacchanales de l'Antiquité, le Satyricon de Petrone ou le Decaméron de Bocace au Moyen-Age décrivant des beuveries monumentales, célébraient le vin de la joie, de la fête.


La Renaissance, inspirée par l'Antiquité grecque et romaine, réassociera ivresse et puissance sacrée.

Rabelais met en scène Pantagruel et ses amis à la recherche de la "Dive Bouteille" afin de connaître la sagesse.

"Vin, ô combien plus est friand, riant, priant, plus céleste et délicieux que d'huile"

Ronsard comme du Bellay célébreront les vertus du vin...

"Ceux qui aiment les arts, les sciences diront,
Ceux qui sont vertueux, pour tels se feront croire, Ceux qui aiment le vin deviseront de boire"


"L'homme sot qui ave ses pensées avec d'autres breuvages que le vin meurt toujours d'une mauvaise fin."


... mais aussi la dépendance que l'on peut y avoir :

"Celui qui a de l'amoureux breuvage
Gouté mal sain le poison doux amer
Connaît son mal et contraint de l'aimer
Suit le lien qui le tient en sevrage"


Erasme écrit "le vin est la caverne de l'ame"


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La Révolution française, un temps sobre sous Robespierre, finira par détaxer totalement la vente d'alcool dans les cabarets.

On voit alors apparaître dans la littérature des personnages non plus poudrés dégustant du champagne ("Dom Pérignon") mais des hommes de la rue s'enivrant dans les bistroquets.

L'écrivain du XIXème siècle se rapproche de la rue, des campagnes, souvent partage la même "piquette" dans les mêmes tavernes que le peuple.


La révolution industrielle suivant la Révolution française marque le siècle de la différence bourgeois-ouvriers.

"Ce gros alcoolique de Sganarelle se prenant pour Arlequin" laisse place à l'ouvrier alcoolique de Zola.

Condition ouvrière, pauvreté, ivresse et dégenerescence sont associées dans la description de l'alcoolique.

" A cette époque, elle aurait encore vécu très heureuse sans Coupeau, qui tournait mal.
Un jour revenant de la forge, elle crut voir Coupeau dans l’Assommoir du père Colombe, en train de se payer des tournés de vitriol avec Mes-Bottes, Bibi-la-Grillade et Bec-Salé dit boit-sans-soif.
Elle passa vite pour ne pas avoir l’air de les moucharder. Mais elle se retourna, c’était bien Coupeau qui se jetait son petit verre de schnick dans le gosier, d’un geste familier déjà.
Il mentait donc, il en était donc à l’eau-de-vie maintenant !
Elle rentra désespérée, toute son épouvante de l’eau-de-vie la reprenait. Le vin, elle le pardonnait, parce que le vin nourrit l’ouvrier ;
les alcools au contraire, étaient des saletés, des poisons qui ôtaient à l’ouvrier le goût du pain.
Ah ! Le gouvernement aurait bien dû empêcher la fabrication de ces cochonneries ! "
(L'Assomoir - Zola)

Les poêtes du XIXème, quant à eux, célébrent le vin et l'alcool mais pour des raisons différentes.

Baudelaire écrit le vin comme étant la seule possibilité de vivre pleinement et d'échapper un temps à la misére de ce bas-monde que l'on soit honnêtes ou assassins : "L'ame du vin, le vin des chiffonniers, le vin des solitaires , le vin des amants".


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L'ivresse procède à l'évasion du monde au même titre que la drogue, l'érotisme ou la mort.


Chez Rimbaud, la soif d'alcool est un moyen d'étancher une soif essentielle, soif spirituelle, soif d'atteindre et de retenir la sensation, le plaisir, la substance du Monde... mais il boit sans plaisir "quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer"

Création poétique et ivresse se mélangent en quête d'absolu.


Le XIXème siècle est l'époque de la piquette (surproduction de vin de mauvaise qualité) et aussi celle de la "Fée verte", l'absinthe dénommée "boisson nationale" en 1880.


Les poètes reconnus doivent certainement leur génie poètique à leur quête d'absolu, quête transcendée par la "Fée verte " et autres produits toxiques qui les amméneront à une déchéance et mort trop rapide.


L'art du roman va quant à lui continuer d'encenser les charmes de l'alcool.

L'alcool sert de "véhicule" d'exploration de l'ame humaine, de la conscience. Raskolnikov dans le "Crime et Chatiments" de Dostoievski en est l'exemple de la fin du XIXème siècle dans la Russie impériale.


"Faulkner, Proust sans doute les plus grands explorateurs de l'ame humaine et poivrots impénitents comme une proportion énorme des écrivains du XXème siècle".


"Si écrire est vraiment quelque chose qui a partie liée avec l'inquiétude, l'insatisfaction, il ne faut pas s'étonner que l'on trouve parmi les écrivains plus de buveurs de whisky que de buveurs de lait". (O.Rolin)


(A suivre. L'ivresse autobiographique)



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Quelques phrases assez alcoolisées....


"On boit ensemble mais on se saoûle tout seul"
A. Blondin


"Je bois pour l'ivresse et non pour boire"
Verlaine


"La nature a horreur des bouteilles vides"
J. Prévert


"Le vin est un lubrifiant social"
J: Clavel


"Il faut s'efforcer d'être jeune comme un beaujolais et de vieillir comme un bourgogne"
R. Sabatier


"L'homme ne tue pas simplement pour manger, il boit aussi"
A. Allais


"Le vin est de la poésie en bouteille"
R.L. Stevenson


"Le vin donne du courage et rend l'homme capable de passions"
Ovide


"Si je bois, c'est pour rendre les autres intéressants"
W.C. Fields


"On peut ne pas aimer les carottes, les salsifis, la peau du lait cuit. Mais levin!
Autant vouloir détester l'air que l'on respire puisque l'un et l'autre sont également indispensable.
M. Aymé


"Au chevet du vin cloitré, le temps s'endort et peut-être que nous cessons de vieillir"
Colette


"Pour savoir qu'un verre de rouge était de trop, encore faut-il l'avoir bu!"
O. de Kersauson


"L'alcool est un produit très nécessaire. Il permet au Parlement de prendre des décisions à onze heures du soir qu'aucun homme n'aurait pris à onze heures du matin"
B. Shaw


"Il n'y a pas de joie sans vin
Le Talmud


"Si tu te souviens bien, il existe cinq bonnes raisons de boire:
l'arrivée d'un hôte, la soif présente ou à venir, le bon goût du vin et n'importe quelle autre raison"
J. Sirmond


"Le vin est certainement ce qu'il y a de plus civilisé au monde"
E. Hemingway




Et pour finir


"Un alcoolique, c'est quelqu'un que vous n'aimez pas et qui boit autant que vous"
Coluche

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